De l’État affaibli et du feu qu’il détient encore (suite et fin)
Prince,
Ce qui suit n’est pas destiné au peuple, car le peuple n’a pas à porter un tel fardeau. Mais toi, tu dois le regarder sans détour.
Un État fragmenté peut survivre à bien des faiblesses.
Il ne survit pas longtemps à la dissociation entre sa puissance extrême et sa cohésion intérieure.
L’arme ultime (« Dissuasive ») n’est pas un talisman. Elle exige :
- une obéissance incontestée,
- une chaîne de commandement respectée,
- une légitimité politique profonde.
Là où l’autorité se discute, la puissance absolue devient un risque historique.
Non parce qu’elle tombe aux mains de l’ennemi, mais parce qu’elle repose sur un socle qui se fissure.
Aucun État durablement affaibli n’a conservé longtemps un tel feu sans rupture majeure.
L’Histoire ne connaît pas d’exception heureuse.
Prince,
la force suprême ne protège pas un pouvoir fragile.
Elle lui impose, au contraire, une exigence de solidité que tu n’assures plus entièrement.
Pierre-André CHAPELLE
Ce feu que tu tiens encore exige que tu répares l’État — Ou que l’État, un jour, te juge.
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