« De la crainte et de la force »
Prince,
Après le refus de voir vient toujours le refus d’imposer. Tu en es là.
Tu crois encore que l’autorité se conserve par l’explication, la pédagogie, l’excuse.
Tu te trompes.
L’autorité ne se justifie pas : elle s’exerce, ou elle disparaît.
Machiavel l’a dit sans détour, et ceux qui l’ont ignoré l’ont payé (cher!):
la crainte mesurée protège le pouvoir ; l’indulgence répétée le détruit.
Tu redoutes l’usage de la force légitime, pensant éviter la violence. Mais tu oublies ceci :
quand l’État hésite, d’autres n’hésitent pas.
Quand la loi recule, des lois concurrentes avancent.
Ainsi naissent les loyautés parallèles, les territoires ambigus, les causes qui se placent au-dessus de la nation.
Tu n’es pas encore renversé, Prince — mais tu es déjà contourné.
Souviens-toi :
la paix n’est pas l’absence de conflit,
elle est l’acceptation silencieuse de l’ordre.
Pierre-André CHAPELLE
Un Prince qui n’ose plus être craint finit toujours par être défié.
Et un pouvoir défié apprend trop tard qu’il aurait dû frapper plus tôt — et moins fort.
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