Tribune citoyenne pour la souveraineté, l’indépendance et la lucidité Bienvenue sur ce site de réflexions libres et engagées. Ici, je prends la plume non par nostalgie, mais par devoir : celui d’un citoyen français inquiet de voir son pays perdre pied dans un monde où l’indépendance devient rare, et la vérité souvent étouffée.

Lettre I :  au Prince qui ne veut pas voir :

Prince,

Je ne t’écris ni en ennemi, ni en flatteur, mais en homme qui sait, par l’étude de l’Histoire, ce qu’il advient des pouvoirs qui confondent durée et solidité. Car durer n’est pas gouverner, et gouverner n’est pas rassurer.

Tu règnes sur un pays ancien, raffiné, puissant encore. Tu crois cette ancienneté protectrice. C’est une erreur commune aux Princes à la veille des grands désastres.

Machiavel l’a écrit sans détour :
les maux politiques sont comme les maladies lentes — faciles à guérir quand on les reconnaît tôt, impossibles quand on les nie trop longtemps.

Or tu nies.

Du refus de prévoir

Tu gouvernes dans l’instant, quand il faudrait gouverner dans le temps long. Tu réponds à l’émotion quand il faudrait répondre à la structure. Tu parles d’humanité quand on attend de toi la prévoyance.

Tu oublies que la première vertu du Prince n’est ni la bonté ni la popularité, mais la responsabilité des conséquences. Gouverner, ce n’est pas accueillir ce qui survient ; c’est discerner ce qui adviendra.

De l’importation des conflits

Tu acceptes sur ton sol les effets humains de guerres étrangères sans te demander si tu peux en supporter les effets politiques.
Tu crois que les conflits s’arrêtent aux frontières, alors que l’Histoire enseigne qu’ils voyagent avec les hommes, les récits, les haines et les fidélités.

Ainsi firent d’autres États avant toi. Ils crurent pouvoir temporiser. Ils crurent pouvoir intégrer sans arbitrer. Ils crurent que le temps apaiserait ce que la décision seule pouvait trancher (penses au Liban par exemple…)

Le temps, Prince, ne pacifie rien. Il aggrave.

De l’État qui s’excuse

Quand la loi n’est plus crainte, elle n’est plus respectée.
Quand la justice hésite, elle se discrédite.
Quand la force publique se justifie au lieu d’imposer, elle recule déjà.

Machiavel ne se trompait pas :
il vaut mieux être craint que méprisé
car le mépris dissout l’obéissance, et l’obéissance est la charpente invisible de l’État.

Un Prince qui tolère l’intolérable pour éviter le conflit prépare un conflit plus vaste, plus brutal, plus ingouvernable.

De l’armée et du feu ultime

Souviens-toi de ceci, Prince, car peu osent te le dire :

Un pouvoir peut survivre à la contestation, mais rarement à la rupture silencieuse entre lui et ceux qui le protègent.

Les soldats obéissent longtemps. Ils doutent longtemps. Puis, un jour, ils ne comprennent plus.
Et quand un État fragilisé conserve l’arme absolue — celle que nul autre en Europe ne possède — il entre dans une zone où l’Histoire n’offre que peu d’issues heureuses.

Croire que cette puissance te protège de tout est une illusion dangereuse. Elle exige au contraire une stabilité politique et morale sans faille.

Du mandat perdu

Les chinois d’autrefois parlaient du « Mandat du Ciel », accordé aux empereurs par leurs Dieux. Machiavel parlait de virtù.

Les mots diffèrent, la réalité est la même : un pouvoir qui ne protège plus son peuple, qui ne garantit plus l’ordre, qui nie les fractures au lieu de les traiter, conserve le trône mais perd l’autorité.

Et quand l’autorité se retire, la violence entre par les fissures.

Prince, nul ne te demande de prédire l’avenir avec certitude.
On te demande seulement de ne pas feindre qu’il n’existe pas.

Car l’Histoire est cruelle avec ceux qui disent, à la veille des ruptures :
« cela ne peut pas arriver chez nous »….

Pierre-André CHAPELLE   (A SUIVRE)

Elle leur répond toujours trop tard.

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