Scène unique, à la manière de Molière
PERSONNAGES :
L’ÉTAT, vieil homme un peu essoufflé.
LE PRÉSIDENT, jeune ambitieux persuadé d’être Jupiter en personne.
LE PEUPLE, tantôt gai, tantôt courroucé.
UN CONSEILLER, flatteur diligent.
LA RAISON, personnage que personne n’écoute.
L’ÉTAT
Hélas ! Quel est ce fringuant personnage
Qui croit me gouverner comme un page ?
Il parle, gesticule, ordonne, tonne,
Et pense qu’à lui seul tout appartient, tout se donne !
LE PRÉSIDENT
Moi ? Je suis Jupiter, Monsieur, par le tonnerre !
L’Europe me chérit, la foule m’est familière.
Je clos, j’ouvre, je réforme, je décide,
Et, pour faire sérieux, je fronce l’œil, perfide.
Qu’un peuple se rebiffe ? Je monterai d’un ton !
Je gouverne par l’effet, par l’émoi, par le frisson.
LE PEUPLE (à part)
Il croit qu’un mot lancé vaut Loi Sacrée,
Et qu’on suit son doigt comme on suit la marée.
LE CONSEILLER
Seigneur, tout vous réussit ! Même, surtout quand tout s’effondre,
Vous faites bonne mine, et l’on vous voit répondre
Par un sourire fin, un haussement d’épaule :
« Le monde est ainsi fait, je tiens la boussole ! »
L’ÉTAT
Mais, maître Président, la boussole est perdue !
Voyez nos artisans, voyez nos rues !
Voyez ces grands airs, ces voyages splendides,
Où vous posez, charmant, parmi les grands rapides.
LE PRÉSIDENT
Il faut se montrer, cher État, c’est mon art de régner.
Le peuple m’aime mieux lorsque je suis perché.
À force de me voir auprès des têtes couronnées,
Il finit par croire que je suis né couronné !
LE PEUPLE
Nous ? Vous confondîtes peur et obéissance,
Et l’on vit reparaître une étrange danse
Où chaque discours nous pesait comme un sort.
Vous nous gouvernez trop par tremblement de corps.
LA RAISON
Monsieur, servez le pays avant votre théâtre.
On ne gouverne point en se rêvant en maître.
Il faut moins discourir, et plus tendre l’oreille.
LE PRÉSIDENT
Madame, vos leçons m’importunent, et veillent
À contrarier toujours mon noble sentiment.
Je suis né pour briller, pour tutoyer les puissants.
Pour régner jusqu’au bout, coûte que coûte j’aspire ;
On n’abandonne pas si vite un si bel empire.
L’ÉTAT
Bel empire ? Le mot sonne comme un soufflet.
La France n’est point un jouet qui vous plaît ;
Et quiconque s’y croit prince éternel
Apprend qu’un peuple las peut devenir cruel.
LE PEUPLE (haut et clair)
Assez de farces ! Le rideau va tomber.
Et je veux, mon bon maître, enfin respirer.
LA RAISON
Sachez qu’en République on sert, on ne se sert pas.
Et qu’un poste élevé n’est qu’un passage, pas un éclat.
LE PRÉSIDENT (déconcerté)
Quoi ? Moi sortir ? Quitter la scène ?
Mais je n’en ai point fini, j’en veux encore la peine !
L’ÉTAT
La gloire est passagère, la France est éternelle.
Et l’on change les acteurs pour garder la pièce belle.
LE PEUPLE
Alors, debout ! Que l’Histoire en décide !
Ce rôle n’est point trône, mais simple chaise vide.
LE CHŒUR :
Qu’on le sût ou non, tout finit par se voir :
Nul n’est propriétaire du pouvoir.
Pierre-André CHAPELLE (P.C.C. MOLIERE)
Souhaitez-vous connaître une autre version : Façon AUDIARD ? Faites le moi savoir en mettant un commentaire… A Bientôt avec Audiard j’espère…
Laisser un commentaire