Tribune citoyenne pour la souveraineté, l’indépendance et la lucidité Bienvenue sur ce site de réflexions libres et engagées. Ici, je prends la plume non par nostalgie, mais par devoir : celui d’un citoyen français inquiet de voir son pays perdre pied dans un monde où l’indépendance devient rare, et la vérité souvent étouffée.

J’ai pris le temps de me calmer, de réfléchir et rédiger mon ressenti profond…

Il y a des moments où l’on cherche des mots justes, mais où seule la musique semble capable de dire sans trahir : Dans « L’Air de la Calomnie » (du Barbier de Séville) Rossini décrit avec une précision glaçante comment une rumeur ou une mise en scène publique peut broyer un innocent :
« …et l’on voit le pauvre diable, menacé comme un coupable, tomber, tomber, terrassé…»

Il existe des douleurs que nul ne devrait avoir à regarder sans se sentir diminué. Elles sont trop vastes, trop brûlantes, trop vraies. Elles ne se partagent pas : elles se respectent.

Et lorsque je vois ces familles, debout malgré tout, portant l’indicible sans autre arme que leur dignité, je sens combien mes mots peinent à tenir debout face aux leurs. Je voudrais les accompagner, les soutenir, mais avec cette crainte constante de ne pas ajouter de bruit à leur fardeau. Leur douleur n’est pas un décor ; c’est une montagne. Et nul n’a le droit de s’y promener comme sur un promontoire.

C’est pour cela que le spectacle de ces derniers jours m’a frappé comme une gifle, comme un coup de poing. Non pas un choc moral — cela, je m’y serais préparé — mais un choc moral, presque physique : l’incongruité, l’indécence, l’insupportable écart entre la vérité nue des familles et l’artifice répété de ceux qui prétendaient les honorer. Des pantins se sont avancés, raides comme des statues mal taillées, bardés de leur importance imaginaire. Ils ont posé leurs mines graves comme on pose un accessoire, croyant que l’apparence d’émotion suffisait à en produire la substance. Ils ne savaient pas — ou ne voulaient pas savoir — que la douleur authentique ne tolère ni les costumes ni les masques. Encore moins des paroles sans le sel du vécu.

Je ne réclame pas la vengeance ; elle abaisse ceux qui la désirent.
Je réclame quelque chose de plus subtil — et de plus durable : la honte. La honte d’avoir failli !
La vraie. Celle qui serre la gorge. Celle qui réveille la nuit. Celle qu’aucun discours ne peut dissiper. Celle qui empêche de dormir jusqu’au dernier jour…

Je voudrais que cette honte les accompagne longtemps, comme une ombre collée à leurs gestes. Je voudrais qu’elle se glisse dans les plis de leurs certitudes, qu’elle fissure la façade impeccable qu’ils s’évertuent à maintenir. Qu’elle leur rappelle, chaque fois qu’ils se contemplent dans la glace du pouvoir, que leur place, ce jour-là, n’était pas celle de l’innocence mais celle de la complicité. Car oui : il existe des complicités silencieuses, des complicités molles, des complicités par omission — et elles n’en sont pas moins lourdes que les autres. On peut être coupable d’avoir laissé faire tout autant que d’avoir fait.

Et Rossini, dans un crescendo implacable de « l’air de la Calomnie »  l’avait compris depuis longtemps.
La tempête qu’il décrit n’est pas seulement celle de la calomnie : c’est celle de la lâcheté collective, de ces vents faibles qui deviennent ouragan parce que personne n’ose les contrer. Et quand l’orage éclate, ce n’est jamais le vent qui s’effondre : c’est l’humain, « le pauvre diable, tombé, tombé, terrassé », écrasé par tout ce qu’il n’a pas mérité.

Aujourd’hui, ce sont les familles qui incarnent la vérité.
Et ce sont les pantins qui incarnent le mensonge, même lorsqu’ils se drapent de dignité.
Le temps, lui, travaille. Il polit, il ronge, et il révèle…
Et peut-être viendra-t-il, ce jour où l’Histoire, avec sa lenteur impitoyable, remettra chacun à sa place : les silencieux du côté de l’honneur, les paradeurs du côté du vide.

Pierre-André  CHAPELLE

Mais prions Dieu que tous nous veuille absoudre…

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