Monsieur le Président,
Je vous écris comme on adresse une supplique à celui qui trône encore, mais dont le règne chancelle déjà sous ses propres illusions. Vous, monarque élu, auréolé jadis de promesses solaires, silencieux au lendemain de votre Sacre, vous voilà désormais comédien en représentation continue, récitant des sentences apprêtées avec la gravité d’un oracle… mais creuses comme une amphore brisée.
Votre voix n’est plus grandeur, elle est décor. Vous prononcez « il nous faut raison garder » avec l’intonation du tragédien qui voudrait encore émouvoir — mais la scène est vide, Monsieur. Plus personne n’écoute le souffle du rideau, tant le texte a perdu substance.
Lorsqu’une faute éclate — et Dieu sait qu’elles se succèdent comme les vagues contre un rocher trop las — vous ne vous dérobez pas, dites-vous. Vous « ajustez ». Vous « rectifiez ». Vous « reformulez ».
Mais jamais vous ne reconnaissez. Jamais vous ne comprenez.
Vous flottez au-dessus du réel comme s’il vous effrayait.
Votre seconde élection, vous l’avez survolée, comme un demi-dieu trop haut pour regarder les mortels. Vous laissâtes les médiocres s’agiter dans la poussière, convaincu que votre nom seul ferait empire. Ainsi parle Jupiter, oui — mais Jupiter fatigué, Jupiter d’opérette.
Et, une fois réélu, vous vous êtes détourné du Peuple, comme s’il ne devait être convoqué que pour les triomphes. Les colères se sont levées — routes bloquées, villes incendiées, champs envahis — et vous avez répondu par des phrases décorées de velours, des paroles sucrées, tombant comme du miel éventé sur une nation à vif.
Vous nous avez servi la grande complainte du « pays envié du monde entier », attribuant le malaise à des ombres commodes. Mais les ombres, Monsieur, ce sont les vôtres. Et nous les voyons.
Vous vous rêvez preux, à défier les Tsars et à bomber le torse dans les photographies officielles, en boxeur, en maître du monde, en hôte des rois — mais Roland au moins savait où trouver Durandal. Vous, vous brandissez du vide.
Quant à votre Cour, elle tourne, tourne, tourne — trente inspirateurs par saison ! Autant de têtes creuses qu’une grappe de noix moisies. Ils tirent l’État à hue, à dia, à travers champs, à travers gouffres — et la France chancelle, glisse, tombe.
Une Nation ne se dirige pas comme un théâtre, Monsieur — mais vous l’avez réduite à une scène, et vous en êtes l’acteur principal. Cabotin jusqu’au bout.
Après votre désastre électoral, il est devenu évident que gouverner ne vous est plus naturel. Alors vous paradez. Vous vous regardez vous-même dans les reflets des objectifs, des tapis rouges, des poignées de main calibrées. Ce n’est plus le pouvoir que vous cherchez — c’est la preuve que vous l’exercez encore.
Et cela, Monsieur, c’est la faillite ultime d’un chef.
Alors, voici le bilan, sans fard :
Vous attirez à vous l’infortune, les ministres adversaires entre eux, les catastrophes en cascade, les phrases malheureuses, les divisions profondes. Vous avez semé la discorde comme on disperse le grain — mais ici, la moisson sera tragique.
Dix huit mois encore de cette dérive… et la France ne sera plus qu’une dormeuse pâle, livide, respirant à peine dans l’ombre de son propre souvenir.
Oui, délivrez-nous de ce mal, Monsieur.
Car l’Histoire est implacable : ce sont les médiocres qui enfantent les tragédies les plus vastes.
Et vous n’êtes pas seul responsable — mais vous êtes au centre.
Il ne suffit pas de renverser. Il faut rebâtir.
Il faut des Principes neufs, des hommes neufs, des actes réels — non des prestiges, non des mots, non des rêves de scène.
La France peut être sauvée — mais pas par ceux qui l’épuisent.
Recevez, Monsieur le Président,
non mon respect, mais ma lucidité.
Pierre-André CHAPELLE
Un Français qui aime encore son pays — et c’est pour cela qu’il vous écrit.
Laisser un commentaire