La Russie n’a que l’ambition de ramener en son sein les régions peuplées de Russes. Il faut que la diplomatie française œuvre dans le sens d’un cesser le feu sur la ligne de front actuelle. C’est oublier que l’attaque initiale des Russes était dirigée contre Kiev. Le but était bien de mettre la main sur l’Ukraine tout entière, en s’aidant probablement d’un gouvernement fantoche qui aurait demandé l’aide du « pays frère ». Comme son coup initial est raté, M. Poutine se contenterait certainement des territoires conquis jusqu’à maintenant. En attendant mieux. Peut-être le sort des armes contraindra t-il les Ukrainiens à l’accepter. Mais, encore une fois, c’est à eux de décider.
L’histoire lie indéfectiblement l’Ukraine à la Russie qui donc a un droit sur elle. Des liens historiques ? Sans doute. Comme dans tous les endroits du monde, l’histoire s’écrit en lien avec les voisins, que les relations, évolutives dans le temps, soient pacifiques ou non. Mais qu’est-ce que ça change ? L’Italie, héritière du royaume de Piémont-Sardaigne va-t-elle nous réclamer Nice et la Savoie ? Ou même peut-être toute la France en se souvenant que la Gaule a été romaine pendant 500 ans ? Et, plus près de nous, les Anglais ne vont-ils pas faire valoir leurs droits ancestraux sur l’Aquitaine ? Les Francs ne venaient-ils pas de Germanie, justifiant des exigences allemandes ? Allons-nous revendiquer la Wallonie ou le canton de Genève où l’on parle français ? A force de remonter dans le temps sans limite raisonnable, en s’arrêtant au bon endroit, on peut tout expliquer, tout démontrer, tout justifier, tout revendiquer. Ce qui compte c’est l’existence des peuples. Et le peuple ukrainien existe. Il le démontre tous les jours.
Après avoir tenté de contrer les arguments classiques des pro-Poutine, rappelons, une fois de plus, les faits qui condamnent, à mes yeux, l’agression russe.
Le premier d’entre eux : la Russie est membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU et, à ce titre, avait l’obligation du respect des traités internationaux. Notons déjà qu’à l’époque où ça arrangeait bien l’URSS qui bénéficiait ainsi de trois votes à l’ONU, l’Ukraine, comme la Biélorussie, y avait un siège ; même si tous deux restaient sous la coupe de Moscou. Une certaine identité lui était donc reconnue. Ensuite, la Russie a, à plusieurs reprises, garanti les frontières de l’Ukraine. En 1991 lors de l’éclatement de l’URSS, puis le 5 décembre 1994 par la signature du mémorandum de Budapest, rarement évoqué. Il accordait des garanties d’intégrité territoriale et de sécurité à l’Ukraine, donc y compris la Crimée qui lui était rattachée depuis 1954, en échange du retour de toutes les armes nucléaires sur son territoire. La validité de ce mémorandum a ensuite été confirmée en 2009 par la Russie et les USA. L’Ukraine a alors rendu plus de 1000 ogives nucléaires et 170 missiles intercontinentaux. Que la Russie ait été ensuite déçue que les « frères » ukrainiens cherchent à se rapprocher de l’occident, sans doute. Mais c’est l’application du principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (principe, là encore, issu du droit international), que des Français attachés à la démocratie et à leur propre patrie devraient chérir. Aucun pays, pas même la Russie, n’a jamais contesté l’existence de l’Ukraine comme état souverain. En tous cas, les Russes ont fait exactement ce qu’il fallait faire pour renforcer, exalter le sentiment patriotique ukrainien qui se forge dans le sang. Il se passera un siècle avant que ces deux peuples puissent se regarder sans méfiance.
Général (2S) R. DUBOIS. A SUIVRE...
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